« Si l’Afrique échoue, l’Europe ne peut pas réussir »

Paris, France, 15 juillet 2019

« La France a une part d’Afrique en elle », a déclaré jeudi 11 juillet le Président Emmanuel Macron lors de la rencontre avec la diaspora africaine, organisée à l’Élysée en présence de son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo. C’était la première fois que les diasporas africaines étaient conviées sous les ors de la République pour échanger avec deux chefs d’État.

Le symbole est fort, et on se demande encore pourquoi il a fallu attendre si longtemps ! De ce point de vue, cette rencontre dont le format n’était pas sans rappeler le « Grand débat national » a de quoi marquer les esprits et les mémoires, souvent embrumés lorsqu’on parle de France et d’Afrique.

Avant, la France cultivait une « Afrique arrogante en Afrique et honteuse en France ; je préfère une Afrique fière ici et sur le continent », a déclaré  avec franchise Emmanuel Macron. Le président français est bien décidé à porter ce « nouveau narratif » pour « repenser les choses, notamment notre partenariat », « tourner une page et reconquérir les cœurs », « bâtir ensemble notre réussite », « opérer une conversion du regard réciproque ». « Il n’y a que nous qui pouvons développer le continent, il n’y a pas de Père Noël », a pour sa part estimé le chef de l’État ghanéen.

Devant un parterre d’invités oscillant entre états d’âme sur les relations Afrique – France et admiration devant deux présidents qui osent casser les codes, à l’Élysée, le verbe était haut et on se parlait « cash ». Les questions ont permis de « tout se dire » : plafond de verre, discrimination, mobilité, visa, émigration, histoire, tirailleurs sénégalais, armée noire, recul économique de la France en Afrique... On a même parlé du CFA !

35°Nord, qui œuvre au rapprochement des deux continents, ne peut que se réjouir de cette journée. Nos convictions, que les esprits cyniques veulent réduire à des « éléments de langage », finissent par s’installer et par structurer la relation Afrique – France ! La « Françafrique » n’est pas tout à fait morte, mais elle est vraiment passée de mode.

Pendant trop longtemps, le continent a tenu à distance sa diaspora africaine avec un mélange de jalousie et de frustration. Hystérisée par la thématique de l’immigration, la France a été incapable de « tirer profit » de sa population d’origine africaine pour renouer autrement avec ses anciennes colonies. Durant cette trop longue période, l’incroyable manne des transferts de migrants n’a pas été optimisée. Les entreprises françaises sont allées investir sur le continent sans recruter de binationaux. Les étudiants africains désespérés devant des tracasseries insurmontables pour obtenir un visa Schengen sont allés étudier au Québec ou aux États-Unis. L’opinion publique française s’est détournée du continent, si ce n’est pour ressasser la triste litanie des guerres, des épidémies et des coups d’État, sans même percevoir que l’Afrique constituait en même temps une chance et un concentré de tous les défis du XXIème siècle pour l’Europe : défi migratoire, défi environnemental, défis sécuritaire et économique.

Résultat de cette forme d’aveuglement, la France et l’Afrique ont laissé prospérer la rhétorique peu glorieuse du pré-carré, des affaires et de l’aide compassionnelle, sans même prendre conscience qu’elles avaient un incroyable atout pour ré-enchanter une relation à bout de souffle : une population en commun.

L’Afrique change à grande vitesse. La France doit en tirer les conséquences. L’Afrique et la France ont la chance inouïe et la possibilité unique d’élaborer ensemble leur nouvelle « Histoire en partage ». Si la France ne procède pas à cette mue idéologique, son statut de grande puissance et son influence sont à terme menacés. La France a besoin de l’Afrique pour construire son avenir. Si l’Afrique persiste à observer avec distance ses enfants partis en Europe, elle se prive de leviers financiers et économiques, d’atouts en termes de compétences et d’expériences, et de relais d’influence au Nord.

Si une « grand-messe » à l’Élysée est importante pour donner le ton et l’impulsion, ce nouveau récit Afrique-France doit aussi et avant tout être élaboré « par le bas », par les acteurs qui font vivre et qui vivent concrètement cette « nouvelle réalité franco-africaine heureuse » pour renforcer les intérêts mutuels, et ce dans tous les domaines. « Si l’Afrique échoue, l’Europe ne peut pas réussir », a conclu Emmanuel Macron.

Contact Presse

Informations